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«««     1939     »»»

±± Année des 25 ans, de la suite de l’apprentissage à la librairie Payot de Bâle, de la déclaration de guerre en Europe et de la déclaration d’amour à S. Corinna Bille.

1er janvier
. Journée passée au lit, selon lettre à sa mère suivante. 4 janvier. Lettre à sa mère de Bâle. « J’ai donc passé ma journée du Nouvel-An au lit afin d’être remis pour recommencer le lendemain chez Payot, puisqu’à Bâle ce jour n’est pas férié. Lundi soir, je me promettais de t’écrire lorsqu’à midi je recevais une carte express de Daniel Simond qui m’avertissait de son passage à Bâle et de son désir de me rencontrer. […] Tu ne m’en as pas voulu du conseil au sujet de mes chipies. Il vaut mieux être libre vis-à-vis d’elles. Cependant, afin que tu ne croies pas que j’ai parlé égoïstement, je te propose que l’envoi de ce vacherin, au lieu de m’être fait, soit annulé ou offert aux sœurs. » 10 janvier. Lettre à sa mère de Bâle. « Simond ayant passé à Bâle chez un de ses amis : William Speiser, fondé de pouvoirs, lui a parlé de moi. Celui-ci m’a donné un rendez-vous chez lui, un soir pour me demander si j’accepterai de venir habiter chez lui aux mêmes conditions qu’au Borromäum, simplement parce qu’il lui plairait d’avoir une chambre occupée dans son appartement trop vide depuis la mort de sa mère. […] Que faire ? Je ne lui ai pas donné de réponse en lui disant que j’attendrai d’avoir l’avis de ma mère que je n’ai pas nommée. / Quant aux désavantages – à part les avantages prédominants et immenses – j’ai peur de perdre mon absolue indépendance, devant tenir compagnie trop souvent à ce gentil Monsieur, mais, quoique jeune, un peu taciturne. […] Je serai installé chez lui comme un prince. Mais comment quitter ces bonnes sœurs auxquelles je m’attache ? Vont-elles comprendre sans être peinées ? Je suis très partagé. » 19 janvier. Lettre à sa mère de Bâle. « J’ai pris quelques renseignements sur ce Monsieur Speiser : ils sont très favorables. La seule mise en garde : il est “collant” parce qu’il s’ennuie d’être seul et va vous prendre tout votre temps. C’est déjà pour moi un inconvénient qui compte. Rien à craindre du côté des mœurs et fortune, (il a encore une situation excellente directeur d’une maison d’édition Edition de gravures anciennes et modernes.). Cependant les conditions de pension sont un peu différentes puisqu’il m’a proposé de payer en plus des 90 frcs par mois, 10 frs. pour la bonne ; il y aurait encore mon linge plus coûteux en ville qu’au Borromäum et les obligations de politesse (des petites dépenses insignifiantes, mais que je ne puis même pas, sans dépasser mon budget, faire !) Je suis décidé à refuser et à demeurer dans mon nid où je ne suis du reste pas malheureux. J’aimerai[s] beaucoup que tu me déconseilles par écrit afin que je puisse m’abriter derrière ton refus, car si ce n’est que moi qui refuse, Mr Speiser sera très peiné et m’en voudra. Il m’a déjà fait comprendre que si je n’acceptais pas, il sera déçu et ne me le pardonnera pas. Cependant je ne veux pas y aller, malgré les multiples avantages : Nourriture, confort, mais diable ! je ne suis pas en cristal et préfère bien quelques petites privations à l’absence de liberté. » 25 janvier. Lettre à sa mère de Bâle. « Je suis toujours hésitant, mais je n’ai pas fait sentir à Mr Speiser quelles étaient les vraies raisons de mon indécision. Je le blesserais mortellement si je lui parlais de mes craintes de ne pas trouver chez lui l’indépendance. Promets-moi de lui répondre avec gentillesse. Si tu pouvais trouver une raison pas trop douteuse pour lui faire abandonner son projet, je serais heureux. […] Car il m’a forcé de lui promettre que je m’installerai chez lui le 1 février. »

Février. Lettre à sa mère de Bâle. « La réponse à Speiser était excellente. Je reste au Borromäum et vais 1 fois par semaine souper chez lui. Je suis délivré ! Merci. » Fin du mois. Carnaval de Bâle où sa mère et Paul Gavillet le rejoignent.

5 mars
. Lettre à sa mère de Bâle. « Je t’envoie aussi la plaquette, comme il était convenu entre nous. […] je t’envoie mon image d’Epinal auquelle je tiens beaucoup, beaucoup. […] Maintenant j’ai pris le tour de mon ventre pour le pantalon : 78 cm à 80 cm. » 15 mars (environ). Installation chez William Speiser (cf lettre suivante du 31.03.39 de W. Speiser). 31 mars. Lettre de W. Speiser à Ida Gavillet. « ... voici deux semaines qu’il est venu chez moi et je crois que notre vie s’arrange à merveille. / Je suis très heureux de sentir comme il est content chez moi, et que nous pouvons avoir une agréable vie ensemble, c’est pour moi un grand plaisir qu’il soit venu chez moi. » Même jour. Lettre à sa mère de Bâle, « Lindenhofstasse, 30 / Bâle c/o Speiser ». Première occurrence de « Bille » dans la correspondance à sa mère conservée. « J’ai écrit au[x] Bille pour savoir s’il[s] avai[en]t encore en dépôt du linge à moi. Ils m’ont répondu que non. […] Je suis très bien chez Speiser et ne regrette pas mon déménagement. Avec tout le confort, j’ai conservé mon indépendance. »

5 avril
. Achevé d’imprimer du premier livre de S. Corinna Bille : Printemps, aux éditions des Nouveaux Cahiers, La Chaud-de-Fonds. 10 avril. Lettre de GB à sa mère, de Bâle, Lindenhofstrasse 30. « Vraiment tu as peu de chance, toujours malade et détraquée. Où tout cela va-t-il te mener pour finir ? Que dit le médecin ? […] Chez Speiser, je me plais toujours. Il m’amuse beaucoup, ayant pris dans son isolement des manies de vieux garçon, d’enfant gâté. Evidemment il a tous les défauts de ces gens qui n’ont jamais pu aimer quelqu’un. / Nous sommes allés faire une ballade à Liestal par la forêt. Vraiment le paysage suisse allemand n’est pas très beau et [je] regrette le lac[…]. Quant aux vieilles demoiselles du magasin il nous arrive d’avoir quelques disputes, mais leur manque d’amabilité dépasse quelques fois les bornes, vis-à-vis des clients et de moi-même. […] ». 28 avril. Lettre à sa mère de Bâle. « J’ai attendu de t’écrire car ta lettre m’a mis dans l’embarras et m’a un peu peiné. Car pourquoi me reprocher d’avoir l’envie de venir à Lausanne pour ce week-end ? ».

Selon Gilberte Favre : « Au printemps 1939, [S. Corinna Bille] retrouve la plaine et les dialogues avec Georges. Bientôt, grâce à lui, elle fait connaissance de celle qui sera l’une de ses amies les plus chères, Suzi Pilet. / Voilà quelques mois, Borgeaud l’a rencontrée qui cheminait dans la région de Sierre, sa crinière noire flottante, sa pèlerine dansante, un appareil photo en bandoulière, et lui a suggéré d’aller voir Corinna au Paradou. Il est persuadé que les premières images du Rhône de la jeune photographe intéresseront son amie. »

2 juin
. Lettre à sa mère de Bâle. « Ma chère Maman, / Je suis heureux que tu m’aies écris, et, cela va t’étonner, encore plus heureux que tu saches que je suis venu à Lausanne le 1er mai ! Depuis ce jour j’étais réellement tourmenté de regrets et de remords et me reprochais d’avoir agi comme un enfant. Cependant je dois t’expliquer que ce n’est pas un coup de tête que j’ai fait là, mais c’est bien plutôt parce que je craignais de te voir sachant combien tu me désapprouverais. Aussi je n’ai pas osé aller te voir, car dans ta lettre où tu me reprochais de songer à venir à Lausanne, tu étais bien sévère. Il m’a semblé que tu ne prendrais aucun plaisir à me voir et il m’aurait coûté de te rencontrer dans ces conditions. Mais c’est tout le contraire qui s’est passé : tu m’attendais ! Ah ! si j’avais su cela, tu peux être certaine que j’aurais eu plaisir à passer la journée entière avec toi ! Tu ne peux pas savoir combien je me reproche d’avoir agi ainsi et combien je désire être pardonné. / Du reste ce séjour à Lausanne fut absolument gâté par les pensées de reproches que je me faisais à tous instants. Je voulais te téléphoner et j’avais peur que tu ne comprennes pas pourquoi j’étais venu à Lausanne. J’étais obligé plus ou moins d’y venir l’ayant promis à quelques amis qui me l’avaient proposé. Le peintre Bosshard m’attendait le dimanche entier chez lui ; il m’avait invité au mois de mars déjà. La tentation était trop forte et je n’osais pas non plus refuser, ni surtout lui parler de mes soucis matériels Et j’ai accepté cette invitation sans réféchir. Quand j’ai reçu ta lettre de désaprobation, j’ai bien failli renoncer au voyage, mais la tentation était trop forte et j’y ai cédé. / C’est à ce moment que je t’ai écrit ma lettre t’annonçant mon arrivée probable, mais comme je te le dis à la dernière minute, j’ai eu peur que tu sois fâchée et pour éviter cela j’ai pensé que je n’irai pas te voir. Mais, cela est vrai, je n’ai eu aucun plaisir à passer ces 2 jours si près de toi sans te voir et je m’en voulais d’agir aussi gaminement. Enfin, je ne veux pas t’expliquer cela indéfiniment. / Je me sens très, très coupable et de tout cœur je viens te demander pardon. J’éspère que tu oublieras cela qui nous a fait tous les deux souffrir et que tu croiras à mes regrets. C’est une stupide histoire ! J’étais si heureux parce que nous nous entendions bien depuis que je travaille et, par ma faute, je gâte notre affection. Tu dois me pardonner et me dire que tu viendras bientôt à Bâle. / Comme j’aurais voulu te voir ! C’est dommage que tu n’aies pas pu m’atteindre vers l’Uni-prix. J’y suis resté avec Mme Brum (grand-mère) plus de 20 minutes ! Tout cela m’est pénible lorsque je m’en souviens. / Tu as du [sic] souffrir et croire à de l’indifférence de ma part ! Cela n’est pourtant pas vrai. Il m’a toujours été un peu difficile de m’ouvrir à toi parce que tu es si prompte dans tes réactions et parfois dure – comme dans cette lettre qui est la cause de toute cette histoire ! – mais ce n’est pas comme j’ai agi qui pourra nous rapprocher. Ecris-moi et dis-moi que tu me pardonnes. (Je t’écris à la hâte pour que tu aies cette lettre demain-matin !) / * / Je me suis pas allé à Zürich et n’irai pas avant l’automne. Si nous pouvions le faire ensemble ? / * / Garde cette lettre pour toi et écris moi vite. / Je t’embrasse / Georges. / Tu me parles du médecin. Es-tu peu bien ? ». 20 juin. Lettre à sa mère de Bâle. « Tu me demandes si j’ai déjà mes vacances. Non ! Je ne les aurai[...] qu’en début de septembre. et pour une semaine seulement.. D’ici là, j’ai tout le temps pour décider ce que je ferai, mais je pense que je ne résisterai pas au plaisir de venir en Suisse Romande. / Tu me demandes si je m’entends toujours bien avec Speiser. Naturellement ! Nous ne nous voyons qu’aux heures des repas ou à peu près. Mes leçons me prennent du temps, plus les soirées consacrées à quelques amis et à cette société de jeunes gens. […] Quant à ta question sur le prix du voyage Zürich-Bâle ou Bâle Zürich c’est 9.60 frs. avec le prix d’entrée à l’Exposition y compris. Ce serait bien de pouvoir se rencontrer à l’Exposition qui est, paraît il, une très grande réussite. […] Si je savais d’une façon certaine que Payot ait l’intention de me conserver à sa succursale de Bâle après mes 2 ans de stage, je ferais venir mes livres. Mais ne bougeons pas avant que je sois assuré de la chose. » 29 juin. Lettre à sa mère de Bâle, la dernière de chez W. Speiser, à la Lindenhofstrasse. « Dimanche dernier un ami de Speiser nous a emmenés à Berne en voiture, ce qui m’a empêché de t’écrire. […] Dans deux semaines on me donnera vacances (les parents des élèves que j’ai) puisque tous les enfants s’en iront pour les vacances. Comment ferai-je pour trouver quelques sous ? Les Payot auraient bien pu m’augmenter un peu plus vite, n’est-ce pas ? / Quoi de nouveau à raconter ? Je pense qu’à Lausanne aussi on est pas mal angoissé de la politique dangereuse que l’on fait à présent. Tout cela, nous en sommes sûrs, nous mènera doucement vers la guerre. / * / Ce soir nous allons avoir une petite sortie du Cercle catholique, une petite sortie d’adieu avant les vacances. Je crois que nous irons visiter en bateau le port. Je l’ai déjà fait avec M. Simond quand celui-ci est venu à Bâle. »

6 juillet.
Lettre à sa mère. « Je suis allé me baigner dans le Rhin cet après-midi. […] Que je sois chez Speiser ou au Borromäum, il est difficile de vivre avec 7 frs 50 d’argent de poche par mois. […] Etes-vous anxieux a Lausanne au sujet des événements politiques. Ici, personne ne pense pouvoir échapper à la guerre. Tout cela nous empêche de faire des châteaux en Espagne pour l’avenir. » 26 juillet. Lettre à sa mère de Bâle. GB est parti de chez son logeur Speiser. « ... j’ai vu dans un journal de la ville plusieurs appartements pour une quinzaine de francs par mois. A Bâle, on trouve beaucoup de ces occasions : une chambre, avec un petit réduit pour y popoter. Je pense me décider pour un de ces petits appartements. J’y ferai une cuisine simple et pas coûteuse. […] Il y a longtemps que je désire vivre ainsi. Quant à la nourriture, sans me négliger, je peux manger très sobrement. Quant à la lessive, je la donnerai alors au Borromaüm pour 5 - frs par mois. Dis-moi donc tout simplement ce que tu en penses. » 27 juillet. 25 ans. Déménage au 206, St Alban-Ring, avant la fin du mois.

Août. Visites à Chandolin de S. Corinna Bille. 27 août. Lettre à sa mère de Bâle. « Mon retour fut très pénible. La gérante m’ayant reçu avec une telle mauvaise humeur que cela m’a suffi pour me donner un cafard énorme pendant lequel je n’ai pas écrit, même pas aux Bille pour les remercier de leur hospitalité. Hier les Bâlois avaient congé à cause de St Jacques, j’en ai profité pour écrire les lettres les plus urgentes. J’ai prié Mme Bille de t’envoyer directement un pain de seigle de Chandolin, car j’ai déjà mangé les deux miens avec du beurre. […] Que ferai-je en cas de guerre ? En tout cas mieux que de demeurer commis-libraire. Je m’engagerai cela certainement, du moins dans les sanitaires s’il le faut. »

3 septembre. Déclaration de guerre de la France et du Royaume-Uni à l’Allemagne suite à l’invasion de la Pologne. Même jour. Dans une lettre à S. Corinna Bille : « Je vous aime ». 6 septembre. Lettre à sa mère de Bâle. « Il est vrai qu’on ne sait pas encore ce que vont faire les français et nous ne savons pas non plus si le front se rapprochera de nous, ce qui est fort peu probable. Cependant, je suis certain d’entendre à la minute où je t’écris des coups de canon très sourds et je ne suis pas le seul à les remarquer. / Je puis donc être appelé d’un moment à l’autre ou, comme je le prévois rentrer à Lausanne. Voilà ce qui m’y fait penser. Mr Payot est venu hier à Bâle et nous a dit que les 2/3 de ses employés de Lausanne avaient été mobilisés. Il songe donc à les remplacer dans le cas où ceux-ci seraient longtemps mobilisés. […] J’espère que je ne serai pas rappelé au service militaire, ce qui, du reste, ne m’ennuierait pas trop. » La réalité, on le verra, sera tout autre. 14 septembre. Lettre à sa mère de Bâle. « Probablement que je resterai à Bâle encore une année, comme le contrat le certifie. […] Quant aux événements, c’est encore une énigme. Nous n’entendons rien ni du côté allemand, ni du côté français. » 19 septembre. Lettre à sa mère de Bâle. Du 20 au 23 septembre, travaille à Lausanne.

Octobre, début du mois . Lettre à sa mère de Bâle. « J’ai été pris à peu près tous les soirs de cette semaine par des amis-soldats qui sont venus à Bâle en permission et qui tenaient à passer la soirée avec moi. Entre nous soit dit j’ai économisé ainsi 3 à 4 soupers parce que j’ai été invité. Ce soir je suis allé au cercle français et nous avons décidé avec l’abbé quelque chose dont je te parlerai tout à l’heure. […] Il a en même temps que moi 3 jours de vacances dans une huitaine de jours. Ces 3 jours, on me les devait encore, tu t’en souviens. Nous allons aller pendant ces 3 jours, s’il fait beau temps, ensemble à Zürich en byciclette [sic] à l’Exposition. Nous dormirons dans les cures catholiques. Tout notre petit programme sera fait par l’abbé et si nous ne sommes pas trop éreintés par le vélo, nous pousserons jusqu’à Einsieldeln, le pélerinage suisse allemand. S’il fait trop froid, nous y renoncerons tout à fait et je resterai à Bâle. Ce serait à peu près le trajet suivant (250 à 300 kilomètres en tout) Bâle – Zürich, Einsieldeln – Schwytz – Lucerne – Olten – Bâle. Je me réjouis. Les bords du lac des 4 Cantons sont splendides. Je préfère ce projet à celui de Lausanne en vélo qui aurait été ereintant en 3 jours. Je t’écrirai avant mon départ et le long du parcours. […] P.S. / Encore un mot. Tu auras lu que Bâle assiste à quelques combats aériens. J’ai eu la chance (?) d’en apercevoir un l’autre après-midi. Mais il n’y a aucune raison pour t’inquiéter. / La nuit on entend d’une façon sourde le canon. Cette fois nous ne rêvons pas. / ———— / Encore ce mot : on m’a changé de section au militaire dans les services complémentaires. Je fais partie à présent de la Publizitäts-Hilfdienst. Je serai un de derniers mobilisés. » 7 octobre. Lettre de Payot qui évoque la possibilité que GB aille travailler dans les succursales de Berne ou Genève. 10 octobre. Carte postale à sa mère de Zürich. Visite de l’exposition nationale suisse. 12 octobre. Lettre à sa mère de Bâle. « Quant à la possibilité d’un déplacement, je ne demanderais pas mieux de me rapprocher de la Suisse Romande, ou d’y revenir, à Genève, tout à fait. D’autant plus qu’on parle toujours davantage d’une offensive allemande par la Suisse, par Bâle. […] Car je ne songe pas un instant à incommoder tante Cécile en allant habiter chez elle. Et selon mon principe, il vaut mieux ne pas trop dépendre de la famille. […] Il a fallu que je revienne en train à Bâle depuis Zürich, la plui n’ayant pas discontinué du dimanche au mardi. Mais quel magnifique souvenir je garde de ces 2 jours à Zürich. Au retour, j’ai trouvé un paquet de pommes des Bille qui fait mon régal. Quels gentils gens ! » 23 octobre. Lettre à sa mère de Bâle. « Si je devais aller à Berne, j’ai trouvé une pension déjà chez un ami, rencontré chez le peintre Bosshard. »

Novembre. Travaille à Genève. Passe chez Daniel Simond à Morges. Y croise S. Corinna Bille. 16 novembre. Lettre à sa mère de Genève. « Je suis heureux d’être à Genève, travaillant avec des gens charmants et retrouvant des amis le soir en passant mon temps de libre à distraire tante Cécile qui est si heureuse de m’avoir, je crois, et si gentille avec moi. […] On m’a dit que ton beau-père était gravement malade. 27 novembre. Bâle.

5 décembre
. Lettre à sa mère de Bâle. « Voilà une semaine que je suis à Bâle ! C’est un retour pénible ! […] Les parents du jeune Wartmann à qui je donne des leçons et qui me doivent presque 100 frs. m’ont accueilli chez eux pour payer ainsi leur dette. Je loge donc chez eux et y prends les repas du matin et du soir. A midi, je vais à présent à la Buvette de l’Université où pour 1.30 fr. je mange une soupe, un plat de légumes et de viande. C’est heureux qu’au début de l’hiver je ne souffre pas trop de privations gastronomiques. Je pense, si je ne suis pas rappelé à Lausanne, vivre chez les Wartmann jusqu’à la fin décembre. Ensuite, j’irai à nouveau chez ma concierge pour janvier. » 25 décembre. À Berne. 26 décembre. Lettre à sa mère de Bâle. « Les Secrétan m’[o]n[t] offert une cravate et le voyage et une gentille hospitalité. L’arbre de Noël avait été préparé par ses 2 fils et moi. Nous avons passé la soirée à chanter, réciter quelques poésies, à bavarder. C’était charmant. / Quel Noël aurais-je passé sans eux ? Mon isolement à Bâle commence à me peser durement et toujours tant de sacrifices à faire. […] Ce matin mon patron est venu. Il m’a profondément dégoûté. Pas un merci pour l’énorme effort que nous avons fourni à Noël et pour les heures supplémentaires que nous avons données : deux dimanches, plus toutes les soirées où nous finissons à 8 heures du soir, sans prendre plus d’une demie heure pour le dîner à midi. Aucune étrenne non plus, ni la proposition de nous rendre ces heures supplémentaires en une ½ journée. C’est écœurant. Et aujourd’hui jeudi je suis obligé d’aller travailler l’après-midi alors que nous n’avons pas un chat. / Il y a une bande de patrons à notre époque qui mériteraient la bastonnade. » 31 décembre. Dernière parution de Suisse Romande, troisième série, n° 6. Ce numéro commence avec un texte du directeur Daniel Simond où il explique la fin de la revue sous sa forme actuelle et son association à Formes et Couleurs ; il remercie les quatre secrétaires successifs de la revue « MM. Olivier Chapuis, Georges Borgeaud, Jean-Louis de Chastonay et Henri Gaberel » pour « l’aide bénévole et efficace et […] la bonne humeur qu’ils ont apportées aux travaux parfois ingrats de la rédaction ». À noter que c’est dans ce numéro que Maurice Chappaz publie « Un homme qui vivait couché sur un banc » sous le pseudonyme de Pierre.

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