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«««     1946     »»»

±± Année des 32 ans, de la fin du travail à la Librairie Française à Zurich en mars, de l’installation à Paris en avril chez Edmond Humeau tout en conservant son appartement à Saint-Saphorin, de la rencontre de Jean Tardieu, de l’obtention d’un permis de travail, du déménagement à l’hôtel d’Alsace en novembre.

25 janvier. Lettre à sa mère de Zurich. « Bien chère Maman, / Enfin Emile Gavillet [père de “Oncle Paul”] a rendu son âme au diable ! J’ai lu cela dans la Gazette, par hasard. Crois-tu que ce deuil changera quelque chose à ta situation vis à vis de la famille ? Est-ce le chagrin qui a eu raison de cette bonne âme ? / Tu me diras, du moins, si cela change ton existence. Tu es libérée de toutes obligations avec le reste de cette famille. / Je suis très en retard pour t’écrire, mais j’ai trouvé, à mon retour de Paris, un travail immense à la librairie qu’il me faut accomplir avant mon départ de chez Egloff qui est fixé cette fois à la fin de mars. Dès le mois d’avril, au début, je serai installé à Paris où j’ai déjà trouvé une chambre en attendant de pouvoir m’installer dans un appartement. / Mon séjour fut, en tou[...]s points, extrêmement réussi. J’ai plusieurs possibilités de travail. D’abord, je suis engagé par la Sté des Editeurs suisses pour représenter l’édition Suisse au pavillon de l’Exposition de la Reconstruction en mai-juin de cette année. Ensuite, je serai à la rédaction d’une revue franco-américaine qui est très bien subventionnée. Et je sais que Mr Egloff a été pressenti par des amis pour que je sois son représentant à Paris. J’attends des propositions de Mr Egloff. / C’est, enfin, pour moi, un changement d’existence et je suis sûr que je ferai un travail qui me plaira davantage que le commerce des livres. Ma chambre a été louée chez les Humeau qui habite[nt] à présent le quartier latin, un très bel appartement. Je suis très heureux de tous ces résultats. Mon voyage, lui, m’a coûté très cher. La vie à Paris est ruineuse. Les difficultés seront grandes au début de mon séjour, je le sais. Mais il est temps, pour la France, de me décider. […] Avant de partir, il me faudra mettre beaucoup de choses en ordre. Payer mes dettes, le dentiste qui me traite actuellement. Je n’aurai jamais assez d’argent pour régler tout cela. / C’est, véritablement, un pas décisif dans mon existence. / – / Je pense venir au courant de février à Lausanne. Je me réjouis de te revoir. Mais il faut, chère Maman, que tu ne t’aigrisses pas, que tu ne penses pas toujours au passé. Tu as les possibilités de refaire ta vie. Tu es encore jeune, belle femme, tu le sais bien. Je n’aime pas te sentir amère et injuste. / Tu crois que je ne t’aime pas. Tu te trompes tout à fait, mais tu ne fais pas d’efforts pour me comprendre et tu me soutiens trop peu. Veux-tu venir à Zürich un de ces dimanches, depuis le samedi. Je t’invite je t’offre le voyage. Cela te changera et te fera plaisir. Je t’attends. / Bons baisers de ton fils / G. » Même jour. Lettre à Yoki de Zürich. « Toi, qui, certainement, attendait mon retour de Paris pour savoir un peu qu’elles furent mes impressions, tu auras été bien déçu que je demeure silencieux et que je ne fasse pas d’effort pour répondre à ce désir d’amitié. / Mais, je suis rentré de Paris éreinté, plus tard que je ne le pensais. A la librairie on m’avait laissé beaucoup de travaux urgents et je suis beaucoup sorti les premiers soirs. […] D’abord, je pars pour Paris le 5 avril au plus tard. J’ai trouvé chambre et moyens, petits, d’y gagner mon pain. Je fais enfin cette rupture avec la vie déplaisante du libraire. J’aurais davantage de loisirs. / Que dire de Paris, toujours aussi beau (extraordinaire comme mon imagination avait entretenu avec exactitude la beauté de Paris, pendant les années de l’exil !) D’ailleurs la beauté de Paris est encore toujours au-dessus de ce que nous la pressentons. Je dois dire que j’attends avec impatience ton arrivée à Paris que je veux, même s’il n’est pas définitif, pour cette année encore, chez moi. Tu viendras y passer tes vacances. Mais il n’y a pas de comparaisons à faire avec le Paris d’avant la guerre. Il y a une immense tristesse sur les visages, presque sur les choses. La ville, la France est fatiguée, épuisée par l’occupation. Nous devons savoir, voir, un pays qui est descendu aux enfers. Mais l’humanité est toujours là. J’ai appris que la Suisse, en dehors de tous les drames, est aussi en dehors de toute grandeur. Nous ne pouvons, nous, vivre que là-bas et faire de notre pays une terre de vacances. / A bientôt, très cher Yoki. Je passerai à Romont en février. »

14 février. Lettre à sa mère de Zurich. « J’ai, d’autre part, beaucoup de démarches à faire avant de quitter Zürich, afin d’obtenir mon congé militaire, mon visa. […] Je pense aller à Lausanne le samedi 23 et le dimanche 24 février. Dis-moi si ces dates te conviennent. Nous sortirons le soir et je t’inviterai. » 28 février. Lettre à sa mère de Zürich. « Ma chère Maman, / Donc, en gros et dans l’essentiel, il faut retenir de ma visite à Retter la confirmation définitive de l’impossibilité de conserver des liens avec ta belle-famille. Les raisons qu’elle donne sont des raisons bourgeoises ; la première est celle de votre mariage qui n’a jamais été approuvé par la sœur de Paul et aussi, disait-il, par le beau-père qui a toujours été étonné du choix de son fils. Nous ne venions pas d’une famille bougeoise, heureusement ! Ensuite l’ignorance où on a laissé cette famille, de mon existence, leur a été le coup de grâce. Au fond, cette faute t’est autant reprochée à toi qu’à Paul, peut-être même davantage à Paul. / Le détail de l’entrevue n’est pas intéressant. A mon prochain voyage, je te raconterai tout. »

14 mars.
Lettre à sa mère de Zürich. « … je suis obligé d’aller à Genève le dimanche 24 mars. Il y a le vernissage d’une exposition de sculptures à la galerie Moos. Là expose un sculpteur français, un de mes meilleurs amis. D’ailleurs, cet ami a fait mon buste qui sera exposé à cette occasion. » Il doit s’agir de Fernand Dubuis. 26 mars. Lettre à sa mère de Zürich. « Je pars jeudi ou vendredi [05.04] pour Paris. […] à lundi prochain [01.04], à St Saphorin ». Fin mars. Fin du travail chez Egloff à Zurich.

6 avril
. Arrivée à Paris, selon lettre à Pierre-Olivier Walzer du 27.06.46. S’installe chez Edmond Humeau au 12, rue Quatrefages. C’est là que GB fait ses premières rencontres parisiennes décisives. 10 avril. Lettre à sa mère de Paris, 12, rue Quatrefages, 5ème. « Me voici donc à Paris ! C’est un plaisir bien grand que de me retrouver dans cette ville de haute civilisation et de vraie liberté. Il fait un temps superbe et ces premiers jours, je les passe à marcher dans tous les sens de la ville, mais il me faudra de longs mois avant que de pouvoir me vanter d’être familiarisé avec le dédale des rues. / J’ai fait un bon voyage. J’ai eu des difficultés à la douance d’Annemasse parce que je n’avais pas acheté mon billet de chemin de fer en Suisse. […] On m’a déjà proposé ici plusieurs travaux. Je ne prends aucune décision avant que mon ami américain ne soit revenu de Londres. C’est lui qui a des projets qui me concernent. Ce que je sais, c’est que l’on m’offre pour la semaine de Pâques un voyage, en voiture, dans le midi de la France. […] J’’éspère que tu ne te sentiras pas trop seule. Au fond, Paris n’est pas loin de Lausanne et je te verrai aussi souvent que lorsque j’étais à Zürich. » 19 avril. Lettre à sa mère de Vézelay. « Nous avons changé d’idée ! Au lieu d’être dans le Midi de la France, nous nous sommes arrêtés au Vézelay dans le département de la Yonne. »

Mai. Paris. 17 mai. Lettre à sa mère. « Me voilà quitte ! J’ai eu la grippe pendant dix jours et violente : fièvre, bronchite et abcès dans le nez. […] Dans 5 jours, je commence mon travail à la Foire de Paris. Je suis chargé, par le Bureau de voyages Suisse, d’être aux renseignements dans le pavillon helvétique. […] En juin, j’aurai le travail à la revue. D’ici là, je tâcherai de placer quelques articles pour me permettre d’avoir de l’argent de poche. »

Juin. Dans « L’amitié de Jean Tardieu » : « J’ai fait la connaissance de Jean et Marie-Laure Tardieu à l’entrée de l’été 1946. » Tardieu lui donnera du travail à la radiodiffusion française et restera jusqu’à sa mort un ami aimé (« ce cher, cher Tardieu », nous dira passionnément Georges Borgeaud en 1993). 13 juin. Lettre à sa mère de Dieulefit postée à Montélimar. « Je viens de terminer mon pénible travail de la Foire de Paris. […] Ce que je fais à Dieulefit, dans la Drôme ? Je rends un service à mes amis Humeau en accompagnant leur garçon Michel dans une pension près de Dieulefit. […] J’espère qu’à Avignon où je vais demain, il fera meilleur. / Je pense venir en Suisse au début de juillet. J’aurais besoin de 10 jours pour demander au consulat de France, à Lausanne, un visa permanent. […] Je vais pouvoir écrire dans un herdomadaire français et gagner mon existence comme journaliste. » 22 juin. Lettre à sa mère de Paris. « Ici, à Paris, mes affaires ne prendront pas de suite un tour assez heureux pour que je puisse songer à te faire venir ici, cette année. […] Il est fort probable que je doive [...] venir [en Suisse] déjà le 4 juillet pour mettre mes papier[s] en ordre. Mais, naturellement, si je puis renvoyer à la fin du mois ce voyage, je ne le manquerai pas, car, en août, je pense passer le mois entier à St Saphorin et avec toi. J’aurai très peu d’argent suisse, mais je vais trouver une formule pour m’en faire là-bas, en écrivant un ou deux articles dans les canards suisses. […] Je pense que tu auras reçu mon mot d’Avignon où je suis allé depuis Dieulefit dans la Drôme. » 27 juin. Lettre à Pierre-Olivier Walzer de Paris. « Voici, bientôt, trois mois que je suis à Paris ! […] J’ai quitté Zürich et St Saphorin dans une agitation sans bornes. Je voulais arriver le 6 avril ici. Je n’avais pu imaginer le temps que me prendrait mon déménagement, les démarches dernières avant de quitter le radeau suisse. Je ne suis allé saluer personne. Le 6 avril, j’étais à Paris comme convenu, mais pas très fier de moi. […] Je cherche du travail, à Paris. / Je vais venir à St Saphorin un bon mois, depuis le 25 juillet jusqu’à la fin d’août. Nous nous verrons, bien sûr. […] Envoyez-moi vos livres. Je vous assure que ce ne sera pas en vain, car on m’a prié d’écrire des articles sur les maisons d’éditions suisses dans quelques revues. Je n’invente rien ! / P.S. Est-ce que deux manuscrits de Jean TARDIEU, vous conviendraient ? Il s’agit de livres pour enfants. Répondez à moi. » 27 juin. Lettre à sa mère de Paris. « J’ai obtenu, après plusieurs démarches difficiles et protections, un permis de travail à Paris. Je vais gagner ma vie, d’abord, en écrivant, ici ou là, quelques articles sur la Suisse. / Demain matin je vais à la Préfecture de police mettre tous mes papiers en ordre. Après-demain au Consulat Suisse. Ainsi serai-je en situation régulière. C’est une immense tranquillité. Mais cela va retarder mon voyage en Suisse. Je ne pense pas pouvoir y aller avant le 25 juillet, de façon à être avec toi le jour de mon anniversaire. […] Je vais essayer de trouver quelques collaborations dans les journaux suisses afin d’avoir un peu d’argent de poche pour mon séjour en Suisse. J’écris, dans ce sens, à la rédaction de Servir et de Labyrinthe. Je n’ai, malheureusement pas pu, encore, signer un contrat avec la maison suisse allemande qui voulait me faire représentant de ses éditions à Paris. Cela viendra, j’en suis sûr. »

9 juillet
. Lettre à sa mère de Paris. « Ma chère Maman, oui, je pense arriver à Lausanne le 25 juillet au soir. Je t’annoncerai l’heure exacte de l’arrivée. Pourrai-je dormir la première nuit chez toi afin de pouvoir babiller ensemble ? Je pense que j’arriverai par le bateau d’Evian, devant passer à Annemasse voir un ami. […] Achète, cette semaine le numéro de “Servir” pour me dire si mon article sur l’exposition Chirico, à Paris, à paru ! [sic] Je voudrais tellement que mes articles paraissent en Suisse pour me donner un peu d’argent pour mes vacances. Je comprends ton dégoût de Lausanne. J’aimerai[s] bien trouver une solution pour toi. Il y en aurait une : le mariage. Figure-toi que S.P. Robert de Glérolles se remarie et qu’il va venir s’installer à Paris, cet automne. Quand on pense à sa laideur physique, on ne peut que penser qu’une aussi jolie femme que toi, ne restera pas seule indéfiniment. Mais sors-tu ? Il faut te montrer, il faut vivre, mon petit. / Nous parlerons de ton voyage à Paris. Tu viendras en septembre, avec moi. Tu y sera[s] certainement quand Mr Morandi sera là. De toutes façons, je veux le voir et nous sortirons ensemble. / Nous allons parler de tout cela bientôt. Je vais passer un 14 juillet dans les rues devant écrire un artic[l]e pour “Servir” sur la fête nationale française. » 10 juillet. Lettre à sa mère de Paris. « Je t’annonce mon arrivée pour la fin du mois de juillet ou au début du mois d’août. […] en octobre, quand je reviendrai pour les vendanges […] » 19 juillet. Lettre à sa mère de Paris. « Voici exactement la date de mon arrivée à Lausanne : vendredi prochain 26 juillet à 17.48 de l’après-midi. J’éspère que je te verrai à la gare. Je voyage de jour. / J’ai acheté tes gants, mais c’est Madame Humeau qui vient en Suisse pour accompagner son fils en Valais, qui les apportera à cause de la douane. Etant femme, ils passeront plus facilement. […] Madame Humeau passera à Lausanne le 6 août. » 26 juillet. Arrive à Lausanne selon lettre à sa mère du 19.07.46. En repartira le 9 septembre selon lettre à Yoki du 08.09.46.

25 août. Lettre à Pierre-Olivier Walzer de Saint-Saphorin. « Mon très cher Pierrot, / Pourrais-tu faire ton possible pour passer chez moi avec Simone ce mercredi 28 août. Il y aura Jean Tardieu, le beau poète que tu dois connaître, qui te soumettra le manuscrit d’un livre d’enfants. J’ai beaucoup insisté pour qu’il passe ce texte à nos éditions plutôt qu’à la nrf. / Nous t’attendons. Ecris si tu ne peux venir. Jean Cuttat que j’ai vu à PARIS semblait heureux de cette proposition Tardieu. »

2 septembre.
Lettre à sa mère de Saint-Saphorin. 8 septembre. Lettre à Yoki de Lausanne. « Je pars demain à Paris, heureux ! Je veux te remercier pour l’envoi des livres. J’écris à Brasey. Il manque 4 à 5 livres : un Minotaure, les œuvres complètes de Rimbaud, le château de Kafka, la chasse au snark de Carroll, le n° sur le roman de Confluences, la petite anthologie du surréalisme. / Ce que je sais, c’est que tu possèdes les Œuvres c[om]plètes de Rimbaud. J’y tiens, malgré les autres éditions que je possède. Celle-ci est la version Ruchou, très précieuse. Donc j’y tiens. » 9 septembre. Départ pour Paris de Lausanne par le train de 12 h 13. 28 septembre. Lettre à sa mère de Paris. « Chère Maman, je te remercie vivement pour les bonnes nouvelles que tu as bien voulu me donner à ton retour en Suisse. Je suis heureux si ce court séjour parisien a pu te divertir et changer un peu le cours habituel de tes idées noires. C’est vrai que la vie à Paris est bien plus exaltante que celle de Lausanne, mais elle use bien davantage les nerfs. C’est la seule misère des villes. / Figure-toi que je n’ai pas retrouvé mon étui à cigarettes mais je surveille attentivement les habitués du “Flore” éspérant que mon voleur s’oubliera et étalera sa merveille. / Je devais partir cette après-midi à Bruxelles avec Jean Tardieu mais je n’ai pu obtenir mon visa à temps. Au fond, je n’en suis pas mécontent. J’ai, plutôt, à présent envie de rester chez moi et d’y travailler. / Salue le cher ami Gérard. Je te redis mon affection et je t’embrasse bien fort. Georges » 30 septembre. Carte postale à sa mère de Bruxelles. « Les Tardieu m’ont emmené à Bruxelles que je retrouve après dix ans. »

10 octobre
. Lettre à sa mère de Paris. « Ma chère Maman, Je suis heureux que tu aies eu de la joie à Paris ! Cela t’a changé d’air et tu en avais un peu besoin. J’éspère qu’un jour tu pourras y venir vivre, mais pour cela ma situation doit se créer et la vie pratique être plus facile. / Tu auras reçu ma carte de Bruxelles où je suis allé avec Marie-Laure et Jean [Tardieu]. » Narre l’accident d’automobile qu’ils ont eu à cette occasion. « Je n’ai malheureusement pas, l’appartement que j’éspérais à la rue Stendhal. L’affaire ne s’est pas faite. Il me faut alors me contenter du nid de moineau que j’ai chez les Humeau. Mes caisses sont arrivées et sont à l’abri chez les Bänninger. / Le cher Gérard m’a écrit très amicalement du Tessin. C’est vraiment une très belle nature. Il faut qu’il défende ses droits à la maison. Qu’il se souvienne de ce que Maurice Guérin lui a dit. Sa psychologie tout rudimentaire est la meilleure. » 18 octobre. Lettre à Yoki de Paris. « Mon cher Yoki, Je te dois cette lettre qui te rassurera. Car, l’idée, même, que tu puisses croire à un amoindrissement de mon amitié, ou, pire encore, à une évolution telle, dans mon esprit, que je m’écarte de ces principes que nous évoquions ensemble et qui devaient guider notre conduite d’homme me chagrine. Je suis toujours aussi simple, aussi attaché à la pureté et à la franchise, mais, si cet été nous [ne] nous sommes pas vus, c’est qu’il m’a fallu, en recevant des amis très chers, d’abord, m’acquitter d’une dette, d’ailleurs énorme, d’hospitalité et, en même temps, préparer un peu mon gagne-pain parisien. Et, à Paris, tout se fait en étant présent sans cesse. Personne ne vient nous chercher, au début ! […] que je doute de ta peinture, de toi-même, je ne permettrai jamais qu’on le pense ! Mais si je désire, pour toi, que tu t’arraches à Fribourg pour venir risquer tes dons à Paris, c’est, crois-le, encore de l’amitié et de la vraie ! Ne méprise pas, surtout de loin, l’activité artistique de Paris, particulièrement chez les peintres. Même, à découvrir une tendance contraire à soi-même, on ne peut que fortifier sa personnalité. Ne mets pas trop d’isolement autour de ton art. Même Cézanne, le pur solitaire, est venu à Paris s’éprouver et se serrer autour de l’impressionnisme. Cela n’empêche point qu’il soit le maître incontesté et qu’il retourne à Aix, ayant pesé ses contemporains. Je moralise, pardonne le moi ! / Quant à moi, je travaille et suis content ! Je parle de mon travail personnel. Et bientôt, je gagnerai mon pain à la radiodiffusion française si tout va bien, non en gueulant des âneries au poste parisien, mais en mettant sur pied une petite revue, née du monde de la radio. Je ne changerai pas ma vie contre la plus glorieuse situation en Suisse. Ce que j’aime, toujours, secrètement et pour plus tard, c’est cette belle existence campagnarde et méditative. J’en saurai son prix que lorsque je l’aurai un peu perdue ! Voilà, petit frère ! Ne t’inquiète pas. […] Tu as toujours chez toi un tableau de Bosshard. Je le prendrai à mon passage en Suisse, car il est probable que j’aille avec le directeur de la Radiodiffusion française, plus exactement, le directeur de la 3ème chaîne à Rome, pour 3 semaines en passant par la Suisse. […] Braque, l’autre jour, disait cette chose à propos de Bonnard. Bonnard, c’est magnifique ! Mais quel ennui, pour le comprendre, il faut passer par la peinture ! Il disait cela pour se moquer des critiques qui, égarés, encouragent une peinture extra-picturale. Les dix Bonnard du Salon d’automne sont la révélation au milieu d’un océan de médiocrités. »

7 novembre
. Lettre à sa mère de Paris. « La semaine prochaine, je commence, enfin, mon travail à la radio avec Jean Tardieu. J’éspère que j’arriverai au bout de mon travail qui n’est pas simple. […] Germaine Humeau est partie pour la Tunisie mais va bientôt rentrer. […] Je vais aller dès le 14 à l’hôtel d’Alsace, mais jusque là, écris-moi à l’ancienne adresse, même après. Il fait froid à Paris. / J’ai assisté hier au vernissage de l’exposition des peintres suisses. Ce fut une réunion élégante et mondaine. Les belles femmes de Paris sortent à cette occasion. Elles existent toujours. » 14 novembre. Déménage à l’hôtel d’Alsace au 13, rue des Beaux-Arts, selon lettre à sa mère du 07.11.46. 18 novembre. Lettre à sa mère de Paris, « hôtel d’Alsace ». « Ben m’invite à passer 3 jours avec lui, en Suisse ! Nous allons d’abord à Zürich voir l’exposition de l’art autrichien et ensuite nous viendrons à Lausanne pour te saluer. Nous ne pouvons préciser exactement la date du passage à Lausanne, mais ce sera fort probablement le samedi après-midi ou le dimanche matin. Dès que nous serons arrivés en Suisse, nous te téléphonerons précisément. A très bientôt donc, c’est à dire dans 3 à 4 jours. […] Je suis à l’hôtel d’Alsace, délicieusement bien. »

9 décembre
. Lettre à sa mère de Paris. « Ma chère Maman, Il ne [faut] pas m’accuser de ne t’avoir que peu donné de temps à Lausanne. J’accompagnais Ben qui m’a offert le voyage en entier. J’étais dépendant de lui et devais l’introduire partout où il le désirait. D’autre part, avec Bosshard, la rencontre était importante aussi puisque c’est moi, tout seul, qui ai[...] sur le dos l’organisation de son exposition à Paris. D’autre part encore, je devais rendre service en cherchant à Lausanne une machine à écrire. / D’autre part, tu as le sentiment que lorsque je voyage en Suisse, je suis plein d’argent. J’avais en tout et pour tout 50– frs. Où voudrais-tu que je prenne de l’argent, surtout en Suisse ? Si j’avais pu coucher à la maison, mais je sentais que tu n’y tenais pas, nous aurions eu du temps pour bavarder. Ma vie deviendra de plus en plus active. Il faut que tu t’y habitues ! […] Que vas-tu faire pour les Fêtes ? De toutes façons je reste à Paris, moi. […] J’ai beaucoup à faire ces jours-ci, justement, pour la radiodiffusion, mais c’est un travail passionnant. / J’écris un mot à Gérard à propos de son Montaigne et de Colette. […] Pour rentrer à Paris, nous avons, depuis Genève pris le train jusqu’à Lyon, ville triste. Paris est merveilleux bien qu’il y fasse froid. […] J’ai bien regretté de n’avoir pu prendre la confiture, mais j’ai bien fait, car les douaniers ont été particulièrement tâtillons avec moi. […] J’ai donné le chocolat à Marie-Laure [Tardieu] qui a été très heureuse. Elle te fait ses vives amitiés ainsi que Jean [Tardieu]. Louis Parrot ne va guère mieux. C’est une bien triste nouvelle. » 27 décembre. Lettre à sa mère de Paris, hôtel d’Alsace. « Je suis allé avec [Ben] et les Humeau chez des amis parisiens, communs, dans leur maison, à la campagne, près de Charleville. […] mais nous nous sommes précipités, le surlendemain de Noël, sur le chemin du retour. » Déconseille à sa mère de déménager à Genève car d’après lui elle va pouvoir venir s’installer à Paris assez rapidement.

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