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«««     1956     »»»

±± Année des 42 ans, de l’achat de sa première Vespa.

19 février. Lettre à sa mère de Paris. « Ce n’est pas raison de santé qui m’a tenu à l’écart de ma table, mais le commentaire d’un film sur l’A.O.F., commentaire dont j’ai écrit le texte et qui sera montré sur les écrans de patronage catholique… Oui, à nouveau les curés ! Mais je ne pouvais pas refuser, car la pauvreté était telle dans la maison que je mangeais plutôt tous les deux jours qu’à chaque repas. Aussi n’osais-je plus téléphoner à Lausanne, de peur de n’avoir pas de quoi payer quand la facture arrive. / Le travail de commentaire est un travail gigantesque et épuisant […] me faisant perdre un temps précieux qui m’a obligé même à renoncer à ma collaboration à la Gazette […] Je pense venir à Suisse vers le 15 mars. Il me faut passer à Genève, puis à Lausanne. Je ne sais si je ferai cette conférence à Lausanne sur Charles-Albert Cingria. »

19 mars. Lettre à sa mère de Paris. « Ma conférence à la Gazette est annulée […] le projet de livre que j’avais avec Georg est tombé à l’eau du Rhône ! Jotterand me dit qu’il me fera assister à des Fêtes qui auront lieu à Aubonne et qu’à cette occasion, il me paiera le déplacement. Ce sera en juin ou mai. […] Enfin, nous sommes sortis de cet hiver. Il fait doux aujourd’hui et les oiseaux du cimetière s’excitent de leurs chants. En vieillissant je n’ai pas envie de voir l’hiver se prolonger : mes os ont besoin de soleil. […] Je t’ai envoyé, il y a quelque temps, un numéro de la N.R.F. dans laquelle j’ai écrit un texte qui avait pour titre : Fêtes votives. […] tu pourras lire dans l’Illustré, à partir de samedi prochain je crois, à la page de la femme, des chroniques de moi, signées René de Brémois. Les chroniques ont pour titre général : Mesdames, ayez du goût. Tu auras du plaisir à me lire, car je m’amuse, à propos de goût, de faire des remarques judicieuses sur les Suisses. » On ne trouve ces chroniques qu’à partir du 13 septembre. Elles sont reproduites ici dans la page des Inédits.

3 avril. Lettre à sa mère de Paris. « Madame Magnenat [sa marraine, à Lavaux sur Aubonne, chez qui GB a vécu de 1928 à 1932] m’a écrit qu’elle a beaucoup aimé mon article sur Aubonne, bien que les typos aient fait plusieurs fautes qui ne l’ont guère arrangé. Je suis gentil pour cette petite ville où les mesquineries doivent avoir, aussi, des racines solides. Mais il faut toujours se tenir au-dessus de tout cela, car si on les remarque c’est que nous-mêmes nous n’en sommes pas loin. / Je n’irai donc pas en Suisse ce printemps, à moins d’un miracle, d’une chance, d’une occasion. Evidemment je pourrais m’y rendre en Vespa, car j’ai fini par acheter cette occasion mirobolante : un scooter Vespa. Malheureusement, il y a des frais à faire dessus : révision de moteur, détails, que sais-je ! Pour l’été, l’engin sera peut-être prêt. Je me rendrai dans le pays plus facilement et plus économiquement. Et à Gordes, la vie en sera simplifiée. […] Tu sais quels vœux je fais pour toi : santé, amour, argent. Il faudrait que nous sortions du pétrin, mais c’est à croire que nos ancêtres étaient boulangers car nous habitons constamment le pétrin. Enfin, le but est de ne pas devenir amer et d’espérer. » 7 avril. Lettre à sa mère de Paris. [Tapé à la machine] « Ma pauvre mère, / Ta lettre est, malheureusement, pleine de mécontentement, d’amertume et de sous-entendus. Il est rare, d’ailleurs, qu’en m’écrivant, même très gentîment, tu ne glisses toujours ces petites pointes qui rendent tes lettres douces et amères à la fois. Tu ne te corrigeras jamais de l’aigrissement de ton caractère. Je t’ai toujours connue ainsi. Personne, à tes yeux, n’est digne d’amitié totale. Sur chaque amie tu as des réserves à faire ; sur les membres de ta famille etc…etc… Je ne dis pas que tu aies tort chaque fois, mais celui qui juge sévèrement son prochain et n’a pas pour lui de l’indulgence, est le plus souvent responsable de l’isolement dans lequel il vit. Car tu es très seule et dis-toi que c’est en grande partie de ta faute, à cause de ce caractère aigri que tu gardes et qui n’a pas l’air de s’adoucir en vieillissant. Tu m’as, durant toute ma vie, tourmenté par ce mauvais côté de ton caractère. Il fallait que je te le dise une fois. Mais tu penses que tu es victime de l’injustice, que personne ne te comprend, que tu sais fort bien les défauts des gens. Mais as-tu pensée que toi, tu en as d’énormes, heureusement compensés par des qualités que j’estime beaucoup. Cependant, il est difficile de vivre avec toi ; tu as sur beaucoup de choses et de gens des vues complètement fausses et tu ne veux pas les changer. / Tu n’as cessé de mal me comprendre et de me juger mal et à tort et à travers. Que veux-tu, il n’est pas possible de te faire entendre raison. Tu veux toujours avoir raison et d’ailleurs tu ne réfléchis pas à ce que l’ont te dit ; tu poursuis ton idée et ton idée est bien souvent mesquine, très mesquine. / Je te dirai fermement que je suis blessé et agacé que tu puisse supposer que je ne t’aie pas téléphoner pour Pâques et ton anniversaire. Oui ou non, t’ai-je déjà téléphoné de Paris ? Quoi donc aurait pu m’empêcher de le faire à Pâques ? Pourquoi mentirai-je ? Je voulais te faire la surprise de ma voix. Tu sais que je l’ai déjà fait. J’ai sérieusement pensé à toi le jour de Pâques et si tu veux en avoir la preuve, téléphone donc à l’Administration de Postes qui te dira si on t’a appelé de Paris le dimanche. Il devait être près de midi. Tu étais, peutêtre chez des voisins, en courses. Réfléchis donc avant d’accuser et de me traiter de menteur (à 40 ans, on ne ment plus) Quan[t] au téléphone de la veille de Pâques, je t’ai écrit que je n’avais pas pu avoir la communication et que j’avais attendu plus d’une heure. Si tu ne me crois pas, cela m’est parfaitement égal. Que veux-tu que je fasse ? Tout ce que j’entreprends te déçoit. Et puis je n’aime pas les sous-entendus, cette phrase méchante et fielleuse : Tant pis, ça va avec tout le reste. Si tu ne sais pas trouver le chemin de mon cœur, prends-en à toi. [sic] Tu es une pauvre femme atteinte par la maladie de la persécution. En guériras-tu ? Mais je t’en prie, réfléchis avant de m’envoyer ce genre de lettre stupide. Voilà ! Je t’embrasse mais tu penseras que mon baiser n’est pas sincère. Tant pis. / G. / [Manuscrit, sur le côté :] Tu peux bien penser que je n’ai guère envie d’aller te voir en Suisse pour entendre tes plaintes et encore moins de te faire venir à Paris. Nos journées seraient vite gâchées. Tu penses bourgeoisement que maintenant je dois aimer et aider ma mère parce qu’elle vieillit. Je l’aime et j’en vois les défauts, mais je ne suis pas un sentimental fils de famille. » Au dos de cette lettre tapée à la machine, brouillon de réponse de sa mère au stylo : « Fais comme tu as toujours fais. Dis à tout le monde que tu es malheureux. Ta maman / Je ne me suis jamais plainte et tu est toujours bien reçu et jamais rien demander, que de la lecture, c’est tout et n’est rien reçu / Je n’ai pas quitté la maison à Pâques / Tu aurais mieux fait de m’écrire gentiment pour Pâques, j’aurais recu a temps tes vœux. Mon pauvre Georges / Je ne garde pas ta lettre, il y a trop de gentillesse et de bonnes pensées pour ta maman » 19 avril. Carte postale à Gustave Roud de Chantilly où GB se trouve avec Gérard de Palézieux et son épouse qui écrivent aussi un mot. Conservée au CRLR.

29 août. Dans une lettre, Philippe Jaccottet évoque « ... le malencontreux rapt de la Vespa... »

17 septembre. Lettre à sa mère de Gordes. « Je vais venir dans le pays de Vaud pour quelques jours, vers le 25 septembre. […] Nous oublierons tout à fait nos malentendus, n’est-ce pas ! Nous n’en parlerons plus, c’est promis. »

Voyage de Gordes en Suisse vers le 25 septembre et retour à Gordes vers le 10 octobre.

7 octobre. Carte postale à Gustave Roud de Muraz (Valais). 12 octobre. Lettre à sa mère de Gordes. « Ma chère Maman, me voilà de retour à Gordes, sans incident. J’ai mis un jour pour couvrir la distance Collombey-ici. Je me suis arrêté chez les B. de Lavallaz qu ont été fort heureux des “renseignements”que je leur apportais du Valais. Heureux et intéressés ! / Je te remercie profondément pour toutes les bonnes heures que nous avons passées ensemble et pour tes gâteries. […] Je te promets de t’écrire plus souvent de Paris où je pense rentrer dans dix jours. […] J’ai fait le voyage Collombey-Gordes en une seule étape et sans ennui. »

12 novembre. Carte postale à Gustave Roud de Chartres. Conservée au CRLR. 18 novembre. Lettre à sa mère de Paris. « Je suis rentré à Paris plus tard que j’en avais l’intention ! J’ai cherché à régler la question de la maison que j’aimerais avoir à Gordes, puisque je dois quitter celle que les Louis ont mise à ma disposition. Hélas, je ne suis pas arrivé à mes fins et je continue à prospecter les terres et les mas abandonnés. J’ai fait le voyage en Vespa de Gordes à Paris et je dois dire que le voyage qui a duré un jour et demi, fut assez désagréable car, une fois quittée la Provence, je me suis retrouvé, vers Lyon, dans la mouillasse et le froid. La machine a merveilleusement marché, mais l’homme était un peu frigorifié. / Et puis il y a eu tous ces événements politiques [liés à l’invasion de la Hongrie le 4 novembre par l’armée soviétique] qui m’ont déprimé et enlevé tout goût au travail littéraire. Il semble qu’aujourd’hui les plus graves dangers aient été évités, mais il se peut, qu’un jour, ils se retrouvent sur notre chemin. Alors que faire ? Je ne pense point rentrer en Suisse, mais au contraire je me déciderai à demeurer en France, sinon à Paris. Mais il n’est point temps encore de penser au pire. / J’ai assisté aux Champs-Elysées et à l’Etoile aux manifestations en l’honneur de la Hongrie. Puis, plus tard, je suis allé voir flamber le P.C. du parti communiste, sans participer à la colère de la foule, car j’ai comme principe de ne point alimenter la haine et de ne point la laisser naître en moi. Mais je suis profondément dégoûté par les soviétiques. Tu liras dans la Gazette un texte sur ces manifestations. La Suisse a été tout à fait sympathique dans ces douloureuses heures. / Et toi, comment vas-tu, à l’entrée de l’hiver ? Je t’ai trouvé assez bonne mine, après les pénibles ennuis que tu as eus. Tu demeures jeune physiquement ; c’est un grand point, n’est-ce pas ? Ne te laisse pas décourager par les évènements ! Je suis certain que le pire n’aura pas lieu. Et puis la Suisse sera à l’abri des ennuis ; elle est si nécessaire aux capitaux étrangers. […] J’ai vu, hier au soir, Marie Laure et Jean Tardieu qui ont passé leur été à Salzbourg et à Venise. » 23 novembre. Lettre à Bernard de Lavallaz (à Collombey-Muraz). « Mon bien cher Bernard, certes, nous sommes à l’unisson en ce qui concerne les évènements hongrois. Si, dans ma lettre, j’ai fait l’éloge de la Suisse, c’est davantage à cause [de] sa première réaction, celle des jeunes surtout, immédiate vis-à-vis de la répression soviétique en Hongrie. La jeunesse n’a pas encore eu le temps de se compromettre dans la politique et la spéculation. (…) J’ai assisté, dimanche dernier, à l’église russe de Paris à un office religieux non point en "l’honneur" des martyrs hongrois, mais pour demander à Dieu (à leur Dieu !) le pardon pour le peuple russe, soviétique. C’était, pour moi, une manière de sortir des excès, de la haine et, aussi, de penser que nous sommes tous responsables (par notre médiocrité et notre egoïsme) de l’horreur ; charger les bourreaux ce n’est qu’une étape, mais se dire que nous avons aussi créé les bourreaux en est une autre. Pitié, pitié… pour l’homme. Et, j’ajouterai que, d’une certaine manière, "l’horrible homme soviétique" il faut le détester en soi, car il existe en germe au fond de chacun de soi. Je suis obscur et, peut-être, encore chrétien par ce sens de la faute personnelle, mais au moins je n’excuse point mes faiblesses par la haine que je porte au mal des autres... »

25 décembre. Lettre de vœux à Gustave Roud et à sa sœur Madeleine. Conservée au CRLR. 30 décembre. Lettre à sa mère de Paris. S’est trouvé à Paris pour Noël avec une grippe.

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