2008

Année des dix ans de la mort de Georges Borgeaud.

Avril. Publication de la Correspondance Gustave Roud-Georges Borgeaud, 1936-1974, dans le cahier Gustave Roud 12. Ce cahier a été édité par Anne-Lise Delacrétaz sous la direction de Claire Jaquier, à Lausanne et Carrouge – Association des Amis de Gustave Roud.

Extraits de l’avant-propos : « La correspondance de Gustave Roud et Georges Borgeaud s’ouvre en 1936 pour prendre fin en 1974, deux ans avant la mort du poète. Quand débute l’échange, Borgeaud a un peu plus de vingt ans ; il sent en lui une vocation d’écrivain, mais vit chichement du préceptorat en Belgique et en Suisse avant d’être engagé comme apprenti par la librairie Payot à Bâle.

De dix-sept ans son aîné, Gustave Roud a déjà quatre recueils de poésie derrière lui, dont Adieu (1927) et Essai pour un paradis (1932). Diverses traductions, une collaboration au Bulletin de la Guilde du Livre et à la revue Suisse romande, lui assurent de modestes revenus.

« J’envie votre solitude intégrale, la mienne n’est produite que par l’indifférence et la pauvreté de l’entourage », confesse Borgeaud, le 24 juillet 1937. Si les deux épistoliers sont captifs de leur timidité, leurs modes de vie diffèrent radicalement. Ils ne partagent guère que la « fidélité à la poésie, à une fragile poésie ». Georges Borgeaud est un autodidacte, Gustave Roud, un lettré raffiné, de formation classique. Le Valaisan traverse l’Europe en train, en voiture ou en Vespa ; le Vaudois mène une vie sédentaire à Carrouge, dans le Jorat.

Les milieux que l’un et l’autre fréquentent ne se recoupent pas. Dans ses années de jeunesse, Georges Borgeaud reste attaché à l’Abbaye de Saint-Maurice, en Valais, et à l’Albertinum de Fribourg. Pendant la guerre, il occupe ses permissions à la Libraire de l’Université de Fribourg et se lie avec les animateurs des Portes de France. C’est à Paris, où il s’établit en 1946, qu’il devient écrivain : Le Préau, dédié à Gustave Roud, est publié chez Gallimard en 1952.

La carrière de Gustave Roud, en revanche, s’accomplit en Suisse romande. Secrétaire de rédaction d’Aujourd’hui dirigé par Ramuz (1929 à 1931), membre du comité de lecture de la Guilde du Livre, lié à des peintres dont René Auberjonois et Steven-Paul Robert, il participe pleinement à la vie culturelle lausannoise et vaudoise.

Au fil du temps, cependant, l’amour des chats, des fleurs et des décalcomanies, le goût pour la peinture, la sensibilité à la nature resserrent les liens entre Roud et Borgeaud. La fascination pour la beauté des corps masculins, aiguisée par la hantise du temps qui passe, tisse peu à peu une complicité entre eux. L’intérêt de cette correspondance réside aussi dans l’éclairage direct qu’elle porte sur la trilogie autobiographique de Borgeaud, grâce au don d’analyse de Roud, d’emblée touché par la « justesse de ton » du romancier. « Une réserve, un encouragement de toi me bouleverse ou me fait vivre », écrit Borgeaud à son ami, le 10 octobre 1969. »

On peut retrouver des extraits de la correspondance avec Roud sur ce site. Pour la correspondance entière, commander le cahier Gustave Roud – Georges Borgeaud, Correspondance 1936-1974 à l’AAGR – CH. 1084 Carrouge (www.gustave-roud.ch). 136 pages, 35 francs suisses.

Septembre. Publication de Georges Borgeaud pour les dix ans de sa disparition, comprenant hommages, critiques, inédits, éléments biographiques, film…,

Édité par la Fondation Calvignac et les Archives littéraires suisses de la Bibliothèque nationale suisse, sous la direction de Stéphanie Cudré-Mauroux. Il contient des contributions de : Anne-Lise Delacrétaz, Christophe Gence, Philippe Jaccottet, Luciano Erba, Alain Lévêque, Jeanne Privat, Pierre-Alain Tâche, Florian Rodari, Jean Roudaut, ainsi qu’un DVD :

      Georges Borgeaud ou les bonheurs de l’écriture

film de Dominique de Rivaz tourné en 1992, suivi d’un entretien audio inédit avec Frédéric Wandelère, extrait des travaux préparatoires au film :

« Un sens à donner à la vie ».

On a pu dire de Georges Borgeaud qu’il était le plus Suisse des Parisiens et le plus Parisien des écrivains romands. Lui qui se sentait comme « un palmier transplanté en terre Adélie » s’il devait s’éloigner de Paris, n’éprouvait en réalité pas de façon constamment fusionnelle sa relation à la capitale, qui le charmait et l’agaçait à la fois. Car Borgeaud, un jour mondain, un jour ermite, séducteur ou venimeux, est bien cet être double que la photographie de couverture d’Henriette Grindat a pu faire coïncider un moment : un Borgeaud dont l’ombre portée nous dit autre chose que le visage, un dandy ambivalent, diablotin à lavallière, mais drapé dans le manteau de Ramuz (il le lui avait offert !).

Georges Borgeaud est mort il y a dix ans ; grâce au dépôt de son fonds aux Archives littéraires suisses à Berne, on connaît mieux, aujourd’hui, son oeuvre et sa vie. Le livre Georges Borgeaud publié par les ALS et la Fondation Calvignac à La Bibliothèque des Arts, propose une centaine d’illustrations inédites et une vaste biographie qui révèlent un Borgeaud intime et inconnu. Pour la première fois, on lira dans cet ouvrage des lettres que lui ont adressées Cendrars, Chessex, Cingria, Claudel, Jouve, Paulhan, Supervielle, Tardieu, Roud… La correspondance avec Charles-Albert Cingria est publiée dans son intégralité, avec une annotation qui restitue le contexte de leur « turbulente » amitié. Les contributions de divers auteurs de renom (Philippe Jaccottet, Florian Rodari, Jean Roudaut…) raniment le souvenir d’un écrivain singulier par des témoignages, une chronologie et des études qui en renouvellent complètement notre connaissance.

256 p. ISBN : 978-2-88453-144-3. L’ouvrage est aujourd’hui épuisé.

Table des matières :
Luciano Erba, À Georges Borgeaud
Pierre-Alain Tâche, Postérité de la Couronne
Manuscrits de Georges Borgeaud
Charles-Albert Cingria – Georges Borgeaud, « Une amitié turbulente », correspondance éditée par Stéphanie Cudré-Mauroux. Un extrait de ces lettres est publié ici, dans la rubrique des Publications en ligne.
Photographies
Philippe Jaccottet, Quelques images de celui qui se rebaptisa si justement Passereau
Jean Roudaut, De la Ligurie à la Campanie
Anne-Lise Delacrétaz, « Le vide ancestral de l’école », Maîtres et élèves dans Le Préau et Le Voyage à l’étranger
Florian Rodari, Georges Borgeaud critique d’art
Alain Lévêque, Portrait de Georges Borgeaud en chat
Jeanne Privat, Présence d’un ami
Lettres d’amis, dédicaces
Georges Borgeaud, « Mesdames, ayez du goût »
Christophe Gence, « Je serai un bon écrivain quand j’aurai 150 ans… » Éléments pour une biographie
Christophe Gence, Bibliographie
Frédéric Wandelère, Présentation de l’entretien Borgeaud « Un sens à donner à la vie »