1962

Année des 48 ans, de la mort de Juliette.

23 janvier. Lettre de Juliette P. de Vallauris à la mère de GB. « Chère Maman de Georges, / Comme vous devez me trouver vilaine ! Je le suis en effet et je le sais. Il faut me pardonner une fois pour toutes ce grand défaut de paresse. Je n’ai pas répondu à votre si gentil mot reçu ici, lors de ma première convalescence et je ne vous ai pas envoyé mes vœux, et nous sommes le 23 janvier ! / Pourtant vous savez que vous comptez pour moi, puisque vous êtes la maman de ce que j’aime le plus au monde : Georges votre fils. Acceptez alors mes pauvres vœux, retardataires, car ils sont affectueux et vrais. / J’ai été obligée de revenir ici, le docteur ne m’ayant pas permis de reprendre le travail avant 2 mois. Que faire ? Sinon me reposer pour reprendre des forces le plus tôt possible. Je suis désolée de laisser Georges à Paris et cette séparation me coûte. Je crois qu’il va maintenant terminer son livre et le plus grand de mes vœux est sa réussite. / Je vous remercie de l’affection que vous me donnez et je vous envoie la mienne bien sincère aussi en vous embrassant de tout cœur / Juliette »

7 mars. Se trouve à Paris. 12 mars. Présent à Florence. Carton d’invitation : « Il sindaco di Firenze Giorgio La Pira e il segretario generale della Comunità Europea degli scrittori Giancarlo Vigorelli si onorano di invitare Sg. Georges Borgeaud alla solenne inaugurazione del congresso internationale sul tema “Le scrittore, il cinema, la radiotelevisione”che avrà lugo in Palazzo Vecchio alle ore 21 di lunedi 12 marzo 1962. » 18 mars. Est à Lausanne.

2 avril. Carte postale à sa mère. « avec toute ma tendresse et mes vœux pour ton anniversaire. / Georges / (Juliette est au plus mal) »

11 juin. Lettre à sa mère de Paris. « J’achève mon roman et cela prend tout mon temps ainsi que le temps que je donne à écrire tous les jours à Juliette dont les nouvelles sont toujours très mauvaises. L’autre jour même sa mère m’a écrit pour me dire qu’elle était au plus mal, puis la maladie la relâche un instant pour la reprendre avec plus de rage. C’est affreux ! / Je vais rester à Paris durant l’été. C’est là que je suis le mieux pour travailler. À Vallauris, l’atmosphère est déprimante et je n’irai qu’en cas de chute fatale. » 25 juin. Lettre à sa mère. « J’ai reçu aussi le détail des obsèques de Louis Magnenat. C’était un homme que j’estimais, hormis son ivrognerie. J’ai donc écrit à Madame Magnenat. Peut-être te l’aura-t-elle dit. La voilà donc libre ! Elle va, assurément, hériter d’une bonne fortune, à moins que le Kouki ait laissé des suprises à son compte en banque. Je n’aurais pas voulu être à l’heure des règlements, car, au fond, ces deux êtres se détestaient cordialement. Moi, je suis fort éloigné de ce temps et je ne m’en souviens que peu volontiers. […] J’aurai bientôt terminé mon roman et il paraîtra cet automne. […] Juliette ? Elle s’éteint lentement dans un hôpital de Nice. »

11 août. Lettre à sa mère de Vallauris. « Ma bien chère Maman, quel contraste après le très beau voyage en caravelle (Zizi Jeanmaire et sa troupe voyageaient dans le même avion) avec cette fille qui meurt. Trois jours encore disent les médecins. Elle a reçu l’extrême-onction. Elle parle peu. On ne la comprend pas car le râle est apparu. Elle étouffe. C’est affreux. Voilà ! / Je t’embrasse tendrement. Je te donnerai des nouvelles, la nouvelle que l’on attend d’une minute à l’autre. / G. » Même jour. Lettre de Vallauris à Jean de Lavallaz (fils de Bernard) et Odette de Lavallaz (veuve de Bernard) à Lausanne. « C’est la fin ! Elle ne parle plus. Il n’y a qu’un râle dans sa gorge, jour et nuit, et une figure émaciée. On l’abrutit de piqûres. Il est évident que l’on souhaite, tous souhaitent, que le départ ne tarde plus. / Elle a trouvé le moyen de prononcer pour toi [Odette] et Jean de grandes paroles de reconnaissance. Je lui ai expliqué que c’est grâce à vous que j’ai pu venir si vite. Elle a dit : “qu’ils sont chics !” Voilà ! C’est un moment difficile, pénible. Serrer une main de quelqu’un dont la mort tient l’autre est une épreuve que j’ignorais et terriblement enseignante. Voilà ! / Elle a reçu l’extrême-onction) / Le contraste avec le superbe voyage […] et cette mort proche (un parcours d’une étonnante beauté !) est d’autant plus grand que je volais en compagnie de Zizi Jeanmaire et ses danseurs, troupe pleine de cette jeunesse éclatante et de cette joie de vivre qui n’ont pas encore pensé à la mort… » 12 août. Mort de Juliette. 24 août. Lettre à sa mère de Saint-Paul de Vence. « Me voici pour quelques jours à St. Paul de vence chez des amis qui y ont une maison et sont venus me prendre à Vallauris pour me distraire un peu du climat de toutes ces femmes éplorées. […] Oui, l’agonie de Juliette a été longue et douloureuse. Je ne puis l’oublier. Déjà, je ressens le vide de cette absence car Juliette c’était tout d’abord une chaleureuse présence. Voilà, à présent, elle n’est plus. […] Ici à St Paul de Vence, la vie est facile. Mes amis Maeght (de la galerie) sont riches et me gâtent, mais je n’ai pas le cœur à la joie. Je rentre à Paris mercredi prochain 29 août et avec plaisir car je n’aime rien autant que d’être chez moi. » Même jour. Lettre à Jean de Lavallaz (fils de Bernard) et Odette de Lavallaz (veuve de Bernard). « Me voici dont à St Paul avec une joie très mitigée. Le souvenir de Juliette m’obsède. C’était une amie dont la présence avait une chaleur qui me manquera longtemps. / Je reste ici deux à trois jours encore. Puis, ce sera Paris. Je vous écrirai de là-bas longuement. Peut-être m’arrêterai-je à Gordes chez les Dubuis. »

19 septembre. Lettre à sa mère de Paris. « Heureusement je me trouve devant beaucoup de besognes, d’articles à faire. Cela me fait oublier l’absence de Juliette. Elle avait pris beaucoup de place dans ma vie. […] Hier, je suis allé dîner chez Elsa Schiaparelli l’ancienne grande couturière, dans une extraordinaire maison pleine d’objets rares. Cela m’amuse mais pas trop longtemps. »

Début octobre. Voyage en Suisse. 28 octobre. Lettre dactylographiée à sa mère. « Voilà quinze jours que je suis rentré ! Que le temps passe ! Je t’ai peu vue, mais comme je te l’ai dit, je suis venu en Suisse un peu en fraude, du moins par hasard. Immédiatement de retour à Paris, j’ai été replongé dans mes besognes et, surtout, à la radio. A ce propos, je t’indique le lundi 5 novembre à 21.30 heures du soir, à France III, je parle longuement avec un prêtre sur le célibat. J’espère que tu pourras m’entendre en Suisse. Je trouve cette émission bonne. / Je suis allé, comme je te l’avais dit, dîner à midi à l’hôtel Meurice chez Florence Gould. Il y avait là Jean Cocteau, madame Edgar Faure, Maurice Escande, M. et Mme. Henri Bosco qui sont bien sympathiques. J’ai bien fait d’être présent car il est possible que Madame Gould m’achète le buste que Germaine Richier a fait de moi. Dans ce cas, j’aurai assez d’argent pour t’inviter une dizaine de jours à Venise ou ailleurs, mais pas en Suisse, certainement que je connais trop. nous pourrions aller à Rome, à Capri, je ne sais. Enfin, ne vendons pas la peau de l’ours avant de l’avoir tué. Je t’en parlerai, évidemment. / J’ai vu, aujourd’hui, Jean Tardieu qui m’a demandé de tes nouvelles. Je lui ai dit que tu me demandais toujours des nouvelles à son sujet et cela l’a touché, mais il est très étourneau. Sa mère a 93 ans. C’est un âge respectable. Elle s’éteint peu à peu mais sans souffrir. Le vieil homme qui vivait avec ma voisine à côté de ma chambre est mort lui et ce qui est bon pour moi, c’est que sa vieille liaison va probablement s’en aller et que j’aurai la chambre. Ainsi mon appartement s’agrandira. Place aux jeunes… / J’ai trouvé que tu avais très bonne mine, malgré ton asthme. Je pense que je vais hériter de ces ennuis car j’ai de la peine à respirer et je ne supporte pas d’être enfermé. Aussitôt, j’ai l’impression d’étouffer. Voilà, je t’embrasse tendrement. Je te parlerai de Noël. Peut-être irons-nous le passer dans un pays chaud ? / Georges »

26 décembre. Carte de vœux à sa mère de Paris.